Le 17 février 2020, l'Alliance for Corporate Transparency a publié une étude sur les informations portant sur les risques et impacts environnementaux et sociétaux que les entreprises divulguent conformément aux exigences introduites par la directive européenne sur leurs rapports non financiers. Celle-ci a évalué comment 1 000 entreprises européennes, incluant 110 entreprises du secteur textile mode-habillement, expriment la durabilité et d'autres informations non financières.

Presque toutes les entreprises du secteur de l'habillement et du textile incluses dans l'étude dépendent d'une production externalisée située dans des régions où les droits de l'homme et les ressources naturelles sont systématiquement bafoués, notamment en ce qui concerne les conditions de travail et la déforestation. Pourtant, seules 10 à 30 % de ces entreprises font état de ces problèmes dans une perspective de modèle économique. Plus précisément, 13,6 % des entreprises de l'habillement et des textiles (y compris les entreprises de chaussures) divulguent leurs fournisseurs ultimes dans les pays à haut risque pour les droits de l'homme. De même, 62,7 % des entreprises ne fournissent pas d'informations sur les émissions de gaz à effet de serre du scope 3 (émissions indirectes tout au long du cycle du produit).

Les jeunes générations américaines déclarent qu'elles paieront plus cher les produits qui ont le moins d'impact négatif sur l'environnement (en %) :

Cependant considérée comme l'une des industries les plus polluantes au monde, le secteur de la mode veut évoluer. En 2019, 30 entreprises de la mode (150 marques de la haute couture et du prêt - à -porter), sous l'impulsion du groupe Kering, ont signé un texte d'engagement en matière de durabilité : interdiction de destruction des invendus pour une mise en œvre d'ici 2023, les fabricants et les détaillants étant obligés de donner, réutiliser ou recycler...

L'exercice en cours s'ouvre sur un état de grande nervosité et d'incertitude. La plupart des dirigeants du secteur de la mode se prépare à un ralentissement de la croissance de l'économie mondiale. Néanmoins, pour la première fois, le développement durable est arrivé en tête de la liste des plus grands défis auxquels l'industrie est confrontée, et il a également été désigné comme la plus grande opportunité (The State of Fashion 2020-McKinsey&Company). Cette demande de changement est menée par les jeunes. Des mouvements militants sensibilisent de plus en plus les consommateurs à l'impact environnemental de la mode. Quelque 66 % des personnes interrogées dans le cadre de l'enquête de McKinsey aux États-Unis (et 75 % des Millenials) déclarent qu'elles prennent en compte la durabilité lorsqu'elles achètent un produit de luxe.

Ainsi, Zara du groupe Inditex s'est engagée à utiliser des tissus 100 % durables d'ici 2025, rejoignant H&M qui s'était précédemment engagé à utiliser des matériaux 100 % recyclés ou durables d'ici 2030 ; Adidas annonce éliminer progressivement le polyester vierge d'ici 2024. LVMH a annoncé sa propre série d'engagements pour l'environnement et la biodiversité y compris une Charte d'approvisionnement en matières premières d'origines animales... Bien que le nombre absolu de produits de masse fabriqués à partir de matériaux durables reste faible, il a été multiplié par cinq au cours des deux dernières années.

Parallèlement, les acteurs du marché continuent de travailler à la réduction des prix des options durables. L'esprit d'innovation actuel se reflète dans un lexique croissant de fibres remaniées : le cuir bio fabriqué, les textiles biodégradables, le recyclage en boucle fermée et les e-textiles sont des mots à la mode dans le cycle de la fabrication. Les entreprises du monde entier devraient déposer huit fois plus de demandes de brevets d'innovation dans le domaine des fibres en 2019 qu'en 2013, selon McKinsey, le marché mondial des textiles intelligents devant passer de 93 Mds$ actuellement à 475 Mds$ d'ici 2025. Enfin, le législateur travailler pour s'assurer que les industries de la mode respectent les objectifs ambitieux de l'EU en matière de recyclage des déchets et l'aspect " économie circulaire ". La période s'y prête...

Achevé de rédiger le 23/03/2020