Quelles sont les perspectives sur les taux pour cette fin d'année ?

Les données économiques ont certes été plutôt positives ces derniers mois mais nous pensons qu’après l'effet rattrapage, le rebond de l'économie risque de se tasser, d’autant que les économies font face à une nouvelle accélération de l'épidémie, qui vont conduire à de nouvelles pertes d’activités liées au reconfinement de certaines zones.

En parallèle, l’inflation totale en glissement annuel est négative depuis fin aout, et cela va probablement perdurer au moins jusqu’à fin 2020. En effet, les données d'inflation vont être particulièrement basses dans les prochains mois, et la hausse de l'euro de ces derniers mois va aussi contribuer mécaniquement à faire baisser les prochains chiffres d’inflation.

Dans cet environnement de faible croissance et d’inflation, les taux devraient donc rester bas d’autant que les taux considérés sans risque, comme les taux allemands, vont aussi être recherchés par les investisseurs, dans un contexte de hausse des incertitudes politiques avec les élections américaines et les négociations sur le Brexit.

La situation est-elle différente aux Etats-Unis ?

Alors que les taux allemands sont plutôt stables, récemment les taux américains se sont tendus en anticipation d’un éventuel accord budgétaire et aussi parce que l'inflation aux Etats-Unis est beaucoup moins déprimée qu'en Europe. Les marchés intègrent également le fait que dans le cadre de son nouveau mandat, la FED devrait être moins réactive que par le passé dans sa politique monétaire en cas de hausse de l'inflation. Sur les taux américains, il faut probablement s'attendre à avoir plus de volatilité, notamment à l'approche des élections.
En effet, la publication des résultats finaux de l'élection risque de prendre plus de temps que lors des précédents scrutins en raison des nombreux votes par correspondance, et en plus, ils risquent d'être contestés par Donald Trump en cas victoire de Joe Biden.

Faut-il s’attendre à de nouvelles actions de la BCE ?

Concernant la BCE, son message est clair : même si les marges de manœuvre sont aujourd’hui plus étroites, elle conserve un discours très accommodant et fait passer le message qu’elle conserve un biais à une détente supplémentaire de sa politique. Donc pour le moment, BCE ne modifie pas ses taux directeurs et la taille de son programme de QE, mais nous pourrions imaginer voir la BCE renforcer encore ces mesures, si l’inflation prévue ne remonte pas, ou si l’Euro s’apprécie trop et vient encore peser sur les chiffres d’inflation. La BCE semble d’ailleurs désormais conditionner la fin du PEPP à un redressement de l’inflation, ce qui signifie qu’elle n’est pas prête d’arrêter.

Par ailleurs, la BCE, qui a encouragé les états à mettre en place des plans de soutien et de relance, doit maintenant s'assurer que les taux ne remontent pas de manière significative pour que les états puissent continuer à se financer à des conditions très favorables.

Quelles sont les perspectives pour les spreads souverains ?

Les spreads souverains sont revenus proches des niveaux pré crise, et semblent désormais peu impactés par crise sanitaire. Par exemple l’Espagne, touchée par la 2eme vague, n’est pas particulièrement attaquée sur les marchés. Les spreads souverains et en particulier ceux des pays périphériques restent contenus grâce aux achats BCE et la mise en œuvre du plan de relance européen.

Comment cela se traduit en termes de politique de gestion dans les portefeuilles ?

Sur le directionnel, nous n’anticipons pas de mouvement significatif sur les taux, donc nous conservons une sensibilité proche de celle de nos indices.

En matière d’allocation géographique, nous sommes surexposés sur les pays périphériques, avec une préférence sur l’Espagne et le Portugal. Le potentiel de poursuite de la compression des spreads est désormais plus limité mais le portage reste toutefois attractif.

En termes de perspectives sur le crédit Investment grade, nous restons confiants sur la classe d’actif qui est soutenue par les achats de la BCE et la recherche de rendement. Nous sommes donc toujours surexposés, mais nous privilégions toujours la qualité du rating et les secteurs défensifs, qui seront plus résilients en cas de détérioration de l’environnement. Ces dernières semaines, nous avons notamment participé à plusieurs émissions primaires d’obligations de format sustainable, comme par exemple la BFCM 7 ans.

Sur le High Yield, compte tenu des rendements offerts, le segment reste attractif. Néanmoins, dans un contexte de remontée des taux de défauts, nous privilégions la qualité des crédits en surpondérant les émetteurs notés de single B+ à BB+, et nous conservons également une approche défensive sur le plan sectoriel. Nous voyons des opportunités d’investissement sur les secteurs télécom et médias mais aussi sur certains industriels en raison du niveau élevé de soutien étatique.

Achevé de rédiger le 09/10/2020