Perspectives pour les marchés de taux post vaccin et élections américaines

Comment ont réagi les marchés des taux à l’annonce d’un vaccin ?

La nouvelle encourageante concernant la découverte d’un vaccin efficace contre le Covid lundi 9 novembre a suscité beaucoup d’espoirs et s’est traduite par une hausse des actifs risqués et une baisse des actifs considérées comme des valeurs refuge. En effet, depuis l’annonce, les taux 10 ans allemand et américain se sont tendus d’un peu plus d’une dizaine de points de base, et les spreads de crédit à la fois Investment Grade et High Yield se sont resserrés respectivement en moyenne d’environ 10 et 30 bps. Si la situation économique à court terme reste difficile, la perspective d'un vaccin redonne de la visibilité aux agents économiques.

Quel impact pour les marchés des élections américaines ?

Avant cette annonce, ce sont les élections américaines qui avaient été le principal centre d'attention des marchés. Les contestations de Donald Trump suite à la victoire de Joe Biden à l’issue d’un scrutin présidentiel plus serré qu'attendu ne devraient pas provoquer de volatilité significative sur les marchés de taux dans les prochaines semaines. En revanche, la couleur politique définitive du Sénat pourrait avoir un impact important sur les taux, et pour la connaitre, il faudra attendre le 5 janvier (date du 2ème tour des sénatoriales en Géorgie qui déterminera les 2 derniers sièges à pourvoir). Pour arriver à égalité avec les républicains au Sénat, les démocrates ont besoin de gagner ces 2 sièges. Le scénario le plus probable est donc celui d’un congrès divisé, ce qui réduirait les marges de manœuvre de Joe Biden pour mettre en place un programme de relance budgétaire. Ce dernier sera donc probablement d'une ampleur plus modeste qu'anticipé, ce qui diminue le risque haussier qui pesait sur les taux américains en cas de plan de relance massif.

Quelles sont les Perspectives aux Etats-Unis ?

Maintenant que les élections sont passées, nous pensons que les taux américains devraient de nouveau être principalement déterminés par les fondamentaux économiques et la politique de la Fed.

En termes de fondamentaux, les dernières statistiques suggèrent que l'économie reste bien orientée et la perspective d’un vaccin vient réduire le risque baissier sur la croissance de 2021. En revanche, la hausse des cas de Covid devrait provoquer un nouveau ralentissement sur l'activité des prochains mois.

Du côté de la Fed, le moindre stimulus budgétaire et l'aggravation de la situation sanitaire devraient inciter la banque centrale à conserver un biais tres accommodant pour soutenir l'économie. Elle devrait donc continuer à acheter 80 milliards de dettes souveraines par mois.

La politique de la Fed et le ralentissement de l'activité devraient donc limiter l'appréciation des taux américains et le risque de 2ème vague pourrait même conduire à les faire baisser de nouveau, car il semble peu intégré. En octobre, nous avions profité de la tension qu'il y avait eu sur les taux américains pour entrer un arbitrage afin de bénéficier d’une surperformance des taux américains par rapport aux taux allemands.

Quelles sont les perspectives en Europe ?

Les mesures de restriction en Europe avec la mise en place des mesures de confinement dans de nombreux pays ont conduit à réviser à la baisse les perspectives de croissance et à intégrer une reprise plus modeste en 2021. Il faudra vraisemblablement attendre fin 2022 pour retrouver le niveau de croissance de fin 2019. Néanmoins, la perspective d’un vaccin vient réduire le risque de devoir faire face à des phases de confinement et reconfinement qui semblaient se profiler pour l’ensemble de l’année 2021 avant l’annonce.

Face à cette détérioration des perspectives, la BCE s'apprête à prendre de nouvelles mesures en décembre pour soutenir l'activité et maintenir les taux sur des niveaux bas. Elle devrait notamment augmenter son programme d’achat d’urgence pandémique.

Le maintien des taux sans risque sur des niveaux très bas, la réduction des risques sur les perspectives de croissance, la recherche de rendement de la part des investisseurs, le soutien des banques centrales sont des facteurs positifs pour les dettes souveraines européennes périphériques, pour le crédit Investment grade et High Yield et pour les dettes émergentes. L'appétit des investisseurs reste fort pour toutes les classes d‘actifs obligataires, qu'elles soient risquées ou non. Sur le segment des dettes souveraines, les premières émissions de l'UE dans le cadre de son programme SURE (soutien contre le chômage), sous format social bonds, ont rencontré un succès très important dans le marché en enregistrant des demandes records (plus de 230 mds pour 17 milliards émis lors de la première émission d’octobre et plus de 140 mds pour 14 mds émis cette semaine). C'est important pour l'UE car elle doit émettre sur ce programme au total 100 mds d'ici fin 2021 avant d'engager le financement du plan de relance (Next Generation EU) de 750 mds.

Dans notre politique de gestion, nous privilégions les dettes périphériques et nous surpondérons le crédit Investment grade. Nous restons également positifs sur les dettes à haut rendement qui offrent des rendements attractifs. Dans un contexte de remontée de taux de défaut, nous construisons les portefeuilles en privilégiant les émetteurs les mieux notés, les secteurs défensifs et en conservant une granularité importante. Nous augmentons à la marge les secteurs cycliques et les dettes financières subordonnées.


Achevé de rédiger le 12/11/2020