Après un exercice 2018 difficile pour les fonds diversifiés, quel bilan tirez-vous sur le parcours du fonds depuis le début d'année ?

Au cours des 4 premiers mois de l'année, les marchés actions ont connu une évolution symétrique à celle de la fin de l'année 2018. Les facteurs de risques, qui avaient pesé sur les multiples de valorisation l'année dernière, ont permis cette fois une réappréciation de façon linéaire. Parmi eux, on retrouve les banques centrales, qui tiennent toutes des discours très accommodants, après avoir été restrictives en 2018. Sur le plan géopolitique, les tensions autour de l'Italie, du Brexit et surtout de la montée du protectionnisme, se sont nettement estompées en ce début d'année.

Dans ce contexte, nous avons augmenté l'exposition sur les actions jusqu'à 42% au cours du 1er trimestre. Nous avons commencé à la réduire au fur et à mesure de la hausse, par crainte de résurgence des risques, en particulier des tensions politiques. Nous avons accentué la diversification à l'international avec une préférence pour les actions émergentes.

Sur la poche obligataire, nous avions terminé 2018 avec un scénario haussier sur les taux, dans le prolongement des discours restrictifs des banquiers centraux et de pression salariale inflationniste aux États-Unis. Nous nous sommes rapidement adaptés en modifiant les positions sur les obligations souveraines, en mettant en place une stratégie de réduction du « Spread Atlantic ». La sensibilité taux du portefeuille est passée de -0,3 fin 2018, à +0,70 au mois de mai. Dans un environnement de taux bas et de banques centrales accommodantes, nous conservons l'allocation sur les crédits européens et sur les dettes émergentes, qui ont bien contribué depuis le début de l'année.

Nous pensions que l'année 2019 serait compliquée, ce qui s'est vérifié au second trimestre. C'est pourquoi nous avons piloté activement l'allocation au gré des évolutions politiques. A titre d'exemple, l'escalade des tensions sino-américaines s'est accentuée. Nous maintenons en portefeuille un certain nombre de stratégies de diversification, comme la volatilité américaine qui nous a coûté en début d'année, mais qui a bien contribué en mai. Les matières premières, en particulier les sociétés aurifères, ont servi de valeurs refuge durant l'aggravation des tensions commerciales.

Quel est votre scénario économique pour le 2nd semestre 2019 ?

Après le passage à vide de la fin 2018, le scénario d'un ralentissement économique marqué a été repoussé à 2020. Les multiples relances chinoises et les politiques monétaires accommodantes auront permis aux économies de se stabiliser. Nous ne nous attendons pas à une accélération de la croissance dans les mois à venir, les dernières publications de statistiques d'activité ne permettant pas de valider ce scénario.

Les prévisions de croissance du PIB mondial pour 2020 sont au-dessus de 3% (FMI, OCDE). Nous pensons que les pays émergents, et en particulier la Chine, resteront les principaux moteurs de la croissance mondiale et que les pressions inflationnistes demeureront limitées.

Certains évènements sont susceptibles de mettre à mal notre scénario. L'absence d'accord entre les États-Unis et la Chine, ainsi que l'escalade des tensions commerciales, pourraient impacter le commerce mondial et donc la capacité des entreprises à faire des bénéfices.

Les prix du pétrole seront un facteur de risque sur le reste de l'année. Les tensions géopolitiques (Iran, Russie), ainsi que la demande mondiale régulièrement revue à la baisse, vont alimenter la volatilité de l'or noir.

En Europe, la politique italienne et le Brexit continueront d'alimenter épisodiquement la volatilité des actifs risqués.

Quelles sont vos convictions à l'heure actuelle ? Quid de l'Or ?

Nous sommes globalement prudents sur les actions. Nous privilégions les actions européennes domestiques, plus sensibles à l'activité économique de la zone euro et un peu moins au commerce mondial qui est soumis à la pression des tensions commerciales. Sur les niveaux de valorisation actuels, nous sommes plus prudents sur les valeurs de croissance. A l'international, nous privilégions les actions émergentes et les matières premières. Ces dernières devraient bénéficier des plans de relance chinois privilégiant les dépenses d'infrastructures dans les provinces.

Dans un contexte de ralentissement économique sans récession, et de politiques monétaires toujours accommodantes, les obligations nous paraissent attractives, en particulier les dettes subordonnées financières qui bénéficient de la politique monétaire de la BCE et de la profusion règlementaire. Nous avons une allocation significative sur les dettes émergentes en dollar à faible duration. Elles nous semblent être un support d'investissement adapté, avec un rendement attrayant et un risque faible.

La normalisation de la politique monétaire et la perspective des premières baisses de taux aux États-Unis nous incitent à construire deux positions majeures dans le portefeuille : une désensibilisation totale au dollar et une stratégie bénéficiant du resserrement des taux entre zone euro et zone dollar.

Sur les deux derniers trimestres, l'or a récupéré son statut d'actif dit « refuge ». Dans l'éventualité de nouvelles tensions géopolitiques, nous cherchons à bénéficier de l'appréciation de l'or au travers des sociétés aurifères.

Achevé de rédiger le 17/06/2019