Comment se comporte l'or et le secteur aurifère dans la période chahutée que nous traversons ?

Les sociétés aurifères subissent, elles aussi, les crises de liquidité sur les marchés financiers. En revanche, le rebond est en général plus rapide et plus fort, attiré par la performance et la bonne tenue de leur sous-jacent qu'est l'or. Dans ces périodes troublées, l'or et les sociétés aurifères sont et restent plus que jamais des actifs refuges et de diversification d'un portefeuille. Les performances depuis le début de l'année l'attestent, puisque l'or est en hausse de 13,4% à 1 727 $ l'once et le FT Gold Mines (indice des grands producteurs d'or) de 16,96%. Ce type de mouvement s'est encore vérifié ce jeudi 11 juin. En effet, tandis que le Dow Jones perdait 6,9% sur une séance, l'or gagnait 0,7% et les valeurs aurifères corrigeaient de 1,4% (pour le FT Gold Mines).

Quel regard portez-vous sur la situation actuelle ?

La situation actuelle nous semble favorable à l'or. En effet, les principaux « drivers » sont verts. La crise économique mondiale, provoquée par la pandémie de Covid-19 pousse les grands États (États-Unis, Chine...) et les gouvernements des grandes zones économiques, comme l'Europe, à s'endetter fortement afin de financer des plans de soutien et de relance à l'économie massifs et coûteux. Les grandes banques centrales ont agi très rapidement en baissant leurs taux directeurs et en relançant les programmes de Quantitative Easing. La Réserve fédérale américaine a récemment indiqué qu'elle laissera ses taux proches de zéro en 2020 et 2021. Seuls 2 représentants sur 17 de la FED anticipent aujourd'hui une hausse des taux en 2022. Les taux d'intérêt réels négatifs, comme actuellement, sont très favorables à la détention d'actifs sans rendement comme l'or, et ces derniers devraient rester durablement bas. La politique mise en place par la Banque centrale américaine va peser sur sa monnaie, et la baisse du dollar US est un facteur de soutien pour les prix des matières premières et de l'or en particulier. Le sentiment négatif sur l'économie et les autres incertitudes qui persistent comme les élections américaines, les regains de tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis, mais aussi le risque d'une deuxième vague de l'épidémie sont des facteurs de risques pour les investisseurs et sont donc autant de soutien de la demande financière d'or (protection, diversification), comme en atteste le stock d'ETF Or, qui a progressé de 17,8 M d'onces depuis le début de l'année, pour atteindre aujourd'hui 100,7 Moz. Dans cette tendance positive, les investisseurs recherchent également les sociétés aurifères, car elles offrent un effet de levier à la performance de l'or. Aujourd'hui, il est encore difficile de mesurer l'ampleur et la durée de la crise économique, malgré les mesures de soutien à l'économie lors des périodes de confinement, les plans de relance d'infrastructures en Chine et de nouveaux projets comme le plan hydrogène en Europe... Devant tant d'incertitudes, les marchés devraient donc rester volatils, avec des phases de « risk off/risk on ». Dans ce contexte, les investisseurs vont rester prudents et poursuivre le renforcement de leurs positions sur les actifs refuges. L'or et le secteur aurifère sont des actifs de diversification liquides, ce qui est un atout aujourd'hui dans ce contexte de marché et sous pression permanente. Un indicateur reste au rouge aujourd'hui : la demande de bijouterie (moins de 50% de la demande aujourd'hui !) sera moins forte qu'anticipé avant la crise du Covid-19, due à la baisse des revenus des ménages et donc des budgets « cadeaux », mais aussi à la hausse du prix de l'or qui rend mécaniquement les bijoux plus coûteux. Au premier trimestre, la demande de bijouterie a baissé de 40% par rapport au T1-19, notamment liée à la baisse de la demande en Chine (1er pays consommateur d'or), 1er pays touché par l'épidémie et confiné. Enfin, certaines banques centrales ont temporairement stoppé la diversification en or de leurs réserves, utilisées pour le soutien à l'économie.

Comment réagissent les sociétés aurifères ?

Comme le reste du monde, les sociétés aurifères ont été impactées par l'épidémie de Covid-19, à travers des interruptions de production liées aux mesures de confinement imposées par les pays, entraînant des restrictions de personnels, des mesures de protections supplémentaires pour les employés, des problèmes d'acheminent/logistique de matériel ou de « dorés » (lingots qui nécessitent un raffinage supplémentaire pour atteindre la pureté de 99,999%) en direction des raffineries parfois fermées. Aujourd'hui, quasiment toutes les mines touchées ont repris leurs activités comme au Canada, au Mexique, partiellement au Pérou et au Chili...
Deux conséquences de l'épidémie de Covid-19 ont été très positives pour bon nombre de sociétés. La première résulte de la baisse des prix de l'énergie et la deuxième concerne la baisse des devises vs. USD. Ceci a plus que compensé la hausse des coûts liée au Covid-19. Aujourd'hui, il nous semble que les sociétés productrices de métaux précieux sont dans une situation favorable. En effet, l'association des coûts de production bas et maîtrisés, jumelés à un prix de l'or qui s'installe durablement au-dessus de 1 700 $/oz, va booster les marges des sociétés qui sont déjà élevées. Les managements restent focalisés sur la génération de free cash-flow et le retour à l'actionnaire. La concentration du secteur se poursuit, ce qui est, selon nous, un facteur de soutien pour les valorisations.

Comment sélectionnez-vous les sociétés, quelles sont vos principales convictions ?

Nous restons confiants pour les prochains trimestres, bien que nous anticipions de la volatilité. Le portefeuille reste bien investi. Pour faire face à la volatilité, nous conservons un cœur de portefeuille important de grandes sociétés de qualité, notre top 10 représente près de 46% de l'actif de CM-CIC Global Gold. Cependant, dans cet environnement qui nous semble porteur, nous augmentons nos positions dans des sociétés juniors et en développement, dont les valorisations sont encore basses. Elles devraient se revaloriser au fur et à mesure des résultats d'exploration. De plus, ce sont des cibles potentielles, les sociétés de taille moyenne ou les « majors » étant en recherche d'actifs de qualité pour diversifier leur portefeuille et/ou pour accroître leur profil de production. Bien que nous appréciions particulièrement le « business model » des sociétés de Royalties, nous prenons quelques profits. En effet, ces sociétés sont aujourd'hui très bien valorisées et surtout, vont avoir moins d'opportunités d'investissement dans l'environnement actuel. En effet, avec le regain d'intérêt des investisseurs pour le secteur aurifère, les sociétés minières, notamment les développeurs, trouvent leur financement, moins coûteux, sur les marchés financiers.

Achevé de rédiger le 15/06/2020


Données : Bloomberg, arrêtées au 12/06/2020